Je lis, depuis plus deux semaines, de plus en plus d’âneries sur la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie, annoncée par le président Evo Morales.
Peu de journaux ont évoqué le paradoxe bolivien : alors que la Bolivie détient les deuxièmes réserves d’hydrocarbures du continent sud-américain, derrière le Venezuela, ce même pays est le plus pauvre de l’Amérique Latine. Comment se fait-il qu’un pays assis sur une mer de pétrole et de gaz naturel soit si pauvre ? Les boliviens sont-ils des paresseux ? Des imbéciles finis qui ne savent pas extraire le pétrole et le gaz ? Ou qui ne savent pas le vendre à l’étranger ? Rien de tout cela. Comme ça a été le cas des ressources de minerais, les hydrocarbures du pays ont été concédées à des sociétés privées au détriment de l’Etat et du peuple.
Rien de plus compliqué dans le passé proche de la Bolivie pour obtenir des contrats juteux à des prix dérisoires. Il suffisait d’avoir assez d’argent pour donner des pots de vin aux dirigeants corrompus et vous pouviez alors conclure des marchés avantageux. Quelques millions de dollars dans les comptes secrets des dirigeants (comme par hasard, ces comptes se trouvent dans des banques aux USA ou en Europe) et vous pouviez alors piller en toute liberté. C’est exactement ce qu’ont du faire des compagnes pétrolières telles que Total, Exxon Mobil et d’autres : avec quelques millions de dollars (qui représentent des miettes par rapport à leur bénéfice annuel), ils ont pris possession des ressources de pétrole et de gaz d’une nation. Qu’importe si toute une nation est pauvre. Qu’importe si le pays ne se développe pas. Ce qui compte, pour ces sociétés pétrolières (et pour nos chers dirigeants qui les protégent) c’est de s’enrichir par tous les moyens, mêmes les plus illégaux et les plus immoraux.
Le 1er mai, le président bolivien annonce la nationalisation des hydrocarbures du pays. Il n’a parlé à aucun moment d’expropriation, mais tout simplement de réappropriation par la Bolivie de ses ressources. Les compagnies pétrolières peuvent continuer à travailler, à exploiter ces ressources et à se mettre plein les poches. Toute fois, la Bolivie gagnerait plus de ces nouveaux contrats. Au lieu de 50%, les compagnies pétrolières n’auraient plus à la fin que 18%, mais même ce pourcentage leur permettrait de gagner des sommes énormes, de l’ordre des centaines de millions de dollars. En même temps que l’enrichissement outrageux des compagnes, la Bolivie gagnerait aussi plus, ce qui permettra à la nation de se développer, de mettre en œuvre des programmes sociaux, éducatifs, économiques.
Mais voilà que les compagnies pétrolières ne sont pas contentes avec ces nouvelles conditions. Elles veulent encore plus, de plus en plus, elles veulent tout. Quand s’était 50% pour eux, 50% pour les Boliviens, cela leur convenait à merveille : 50% pour une poignée de riches et 50% pour 9 millions de boliviens. C’est équitable, n’est-ce pas ? Et comme ils trouvaient que les 50% pour les 9 millions de boliviens était de trop, ils s’arrangeaient toujours pour récupérer encore quelques millions de dollars en omettant de payer des impôts ou en éludant le fisc par toutes sortes de montages fiscaux. Les compagnes pétrolières ont sûrement appliqué les mêmes méthodes qu’au Venezuela, où ils devaient plus de 1,55 milliards de dollars d’arriérés d’impôts en 2005.
Une fois l’annonce de la nationalisation des hydrocarbures faite, les réactions ne se sont pas fait attendre. La presse européenne nous a d’ailleurs bien informé en nous faisant part de la pensée unique : ce qui s’est passé en Bolivie ce n’est pas bien, c’est inquiétant et malsain. Quand j’évoque la presse européenne, pour une grande majorité de journaux je devrais parler plutôt de torchons en papier et d’une édition déclinée sous divers titres et langues des dépêches des agences de presse capitalistes et bien pensantes… Si AFP ou Reuters écrivent une dépêche, on la retrouve à l’identique dans des centaines de journaux européens, sans se donner la peine d’écrire un véritable article là-dessus.
Comme je lisais dans le journal belge Le Soir (version internet) un article sur la nationalisation, deux jours après l’annonce de celle-ci : La communauté internationale inquiète. La même formulation on peut la retrouver dans d’autres journaux européens encore. Peu importe le pays où vous vous trouvez, la langue dans laquelle vous lisez, vous apprenez immanquablement que la communauté internationale est inquiète ! Parole d’agence de presse ! Mais quelle communauté internationale ? Les gens du peuple ? Les indiens ? Les chinois ? Les bulgares ? Les malgaches ? Je me demande bien ce qu’ils entendent par communauté internationale ces journalistes insipides qui sont devenus les serviteurs de la pensée unique d’agence de presse. Cela fait longtemps que le cerveaux de ces journalistes bien-pensants a cessé de fonctionner et de raisonner, se contenant d’exécuter deux commandes uniquement : copier - coller. Cette communauté internationale, comme ils l’appellent, ce sont les compagnies, les industriels. Depuis quand, messieurs les journalistes, les sociétés commerciales et les industriels représentent l’opinion internationale ?
Dans le même soit disant article, répété à souhait dans les autres journaux, on apprend que les compagnies pétrolières sont très inquiètes (tiens donc !), que l’Union Européenne est très inquiète aussi, que le ministre autrichien de l'Economie Martin Bartenstein, dont le pays assure la présidence de l'UE est très inquiet aussi et qu’il appelle la Bolivie d’agir de manière à maintenir la confiance des investisseurs. C’est fou qu’aucun de nos dirigeants de paille n’appelle la Bolivie à maintenir la confiance et le bien-être du peuple bolivien. Ce qui les préoccupe (qu’il s’agisse de l’Amérique Latine ou de l’Europe, c’est la même chose) c’est le bien être des compagnies, des sociétés, des investisseurs, des riches. Des gens du peuple, ils s’en foutent complètement. Entre les discours qu’ils tiennent lors des campagnes électorales et la réalité du terrain, il y a une différence tellement énorme qu’une seule chose peut l’expliquer : ils mentent et sont complètement vendus aux acteurs économiques.
La prospérité du peuple, de la nation, on l’a bien remarqué au fil du temps, ne fait pas partie de la sphère d’intérêt des politiciens. Ce qui compte pour eux, ce sont les résultats économiques, la croissance économique, la performance économique ! Peu importe les moyens mis en œuvre pour atteindre cette croissance économique, peut importe qu’on exploite les travailleurs, qu’on pollue l’air qu’ils respirent, qu’on détruit la planète qui les fait vivre, ce qui compte c’est la compétitivité et la croissance ! Que cette croissance bénéficie majoritairement à quelques personnes seulement, on le passe sous silence.
Et comme cette hypocrisie des politiciens occidentaux ne suffisait pas, ils font preuve également d’arrogance et de comportement colonialiste ouvert. Le même ministre de l’économie autrichien reproche à la Bolivie, au nom de l’UE, de ne pas avoir annoncé au préalable et de ne pas avoir consulté les pays occidentaux sur cette nationalisation. Hier encore (mardi, 16 mai 2006), le ministre des affaires étrangères belge, Karel De Gucht, disait au président bolivien que cette décision unilatérale me semble une erreur. On voit que ce qui le chiffonne, une fois de plus, c’est que la Bolivie a pris cette décision sans informer les maîtres colonialistes. Une question qu’on peut alors poser à M. De Gucht : quand son première ministre Verhofstadt, esclave des patrons et prostitué politique, a décidé de privatiser certains secteurs de l’économie belge ou de vendre les bâtiments publiques pour que tout tombe dans la propriété des milliardaires, a-t-il informé les autres pays aussi ? La même question je la pose à tous les autres ministres européens outrés par la décision unilatérale de la Bolivie : quand ils décident de quelque chose, informent-ils et consultent-ils la Bolivie et les autres pays de la planète ?
Comme disait M. Evo Morales : La Bolivie a besoin de partenaires, pas des maîtres. Mais une chose pareille ne peut pas être acceptée par nos dirigeants. Nos dirigeants, incapables de penser, de parler, d’agir en faveur de leurs peuples. Nos dirigeants ont perdu depuis longtemps toute intégrité morale, toute honnêteté, tout respect pour ceux qu’ils représent et dirigent. Ce sont les tueurs à gage des véritables criminels de l’humanité, les cupides hommes d'affaires. Pour eux, un politicien qui décide de faire la volonté du peuple, d’agir pour le bien être de son peuple est à bannir et à détruire à tout prix. Comment est-ce possible, s’interrogent-ils d’un air innocent, de penser à autre chose que l’enrichissement des hommes d’affaires ?